2 juin 2014

Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule. (attention article long)

Bon. Là, ça comment à bien faire. 

(Oui, on va discuter d'un sujet un peu différent aujourd'hui, parce que j'crois qu'il est temps de mettre à plat ce genre de choses). Je sais pertinemment que cet article risque d'engendrer un débat assez houleux, mais franchement, j'en ai rien à battre. (Je tiens également à m'excuser par avance pour toutes les expressions familières - voire vulgaires - qui suivront).

Aujourd'hui, 15h et des brouettes, Toulouse, place Jean Jaurès (pour vous situer là chose, Jean Jo est l'une des places les plus bondées de la ville parce que les deux lignes de métro s'y rencontrent - et OUI, on a le métro à Toulouse). En remontant les escalators de la station après être sortie de la ligne B, je me retrouve côte à côte avec un type. Le mec lambda, pas plus de 35 piges, monsieur tout le monde. 
Et ce type m'a peloté les fesses. Peloté. Pas touché, pas posé sa main dessus, il a malaxé ma fesse gauche, avec l'index qui traine bien et se veut intrusif. Je vous passe les détails. Trop violente, la sensation.
  • Réaction numéro 1 : pendant 1/2 seconde ouvrir les yeux en grand, hausser les sourcils, rester bouche bée.
  • Réaction numéro 2 : après m'être retournée et avoir vu le-dit pervers me regarder l'air de rien, je le pousse plutôt violemment et hurle un truc assez incompréhensible qui devait ressembler à quelque chose comme "NONMAISÇAVAPASESPÈCEDETARÉ ??!!". Et face à ça... le type en question lève les mains. Genre "j'ai rien fait qu'est-ce qu'elle me veut cette dingue ?". Et les gens autour se mettent à chuchoter, certains à rire. RIRE.
(Pas de suite particulière à cet incident, à part moi rouge comme une pivoine regardant mes pieds avec un sentiment de honte intense, et le trouduc parti assez rapidement sans apparente culpabilité.)
  • Réaction numéro 3 - qui ne s'est pas faite attendre - : réflexion et battle intérieures, de moi même à moi même. "Non mais J'HALLUCINE quel gros con pervers dégueulasse !!! Ce genre de type devrait être enfermé ! Et il lève les mains en signe de défense ! J'en reviens pas. Non mais en plus, j'suis pas habillée sexy ni quoi que ce soit d'approchant... Pis personne qui ne réagis autour, c'est hallucinant ! J'aurais pu me faire agresser physiquement beaucoup plus violemment que ç'aurait été pareil. Et les teubés du fond là, que ça fait rire... J'ai envie de hurler."
OK.
Attends... Quoi ?!
STOP. Arrêt sur image et léger retour en arrière.
"Non mais en plus, j'suis pas habillée sexy ni quoi que ce soit".

Alors ça, c'est marrant (enfin, marrant...) ! Parce qu'il se trouve qu'il y a un certain temps, je suis tombée là-dessus. Pour vous faire un topo rapide, il s'agit d'un post de la jeune blogueuse Jack Parker dans lequel elle raconte une mésaventure du même genre qu'elle a subi dans le métro.

"Du coup, lorsqu’il a fait mine de se baisser pour ramasser un truc par terre, j’ai pas réagi. Et c’est ainsi que j’ai senti ses doigts se faufiler sous ma jupe et s’enfoncer dans mon entrejambe, à travers mes collants."

Sans parler du fait qu'évidemment, cet attouchement est inacceptable, inqualifiable, et tout autre type de mots en -able, ce sont les différentes réactions des lecteurs de l'article qui m'ont rendue dingue. Je vous en ai sélectionné trois - les plus gratinées. Je vous laisse admirer l'ampleur de la chose.



OK. Second arrêt sur image. Bastien Belloc : "T'as qu'à pas mettre de jupes sinon." 
...
Et toi trou du cul, quand tu te balades en short l'été, on vient te tâter les couilles peut être ?!


(On ne va pas commencer à souligner chaque phrase choquante des ces sombres crétins, et en particulier le dernier, mais juste s'arrêter sur le fait que :) la question est donc JUSTE LÀ. Je me souviens encore de ma mère qui, par élan protecteur, m'a dit quand j'étais ado (parce que je m'étais déjà faite emmerder deux/trois fois) "Tu vas en ville Ninou ? Ok alors tu devrais peut être mettre un pantalon". D'accord. Donc ça se passe comment ? On vit dans un monde de tarés et ce serait à nous de nous adapter ? La ville ne nous appartient pas ? On devrait s'habiller comme en hiver par peur qu'un trou du cul aie les idées mal placées et une illumination de génie pour décider de mettre la main aux fesses d'une gamine de 14 ans ?

Et moi qui me dis "non mais en plus j'suis pas habillée sexy ni quoi que ce soit". Mettez moi une claque. 

Parce que la problématique qui se pose maintenant est la suivante : la plupart des personnes qui se font agresser dans la rue (hommes comme femmes, on est bien d'accord) trouvent toujours en leur comportement une part de "responsabilité" dans ce qu'il s'est passé. (Les dialogues qui suivent ont réellement été prononcés.) "Ouais, mais peut être que si j'avais pas pris aussi mal son "eh m'admoizelle t'es bonne" et que je ne lui avait pas répondu aussi violemment, il ne se serait pas énervé et ne m'aurait pas agressée." "Non mais peut être que si j'avais pas fait semblant d'être non fumeur pour ne pas lui passer mes clopes il m'aurait pas mis une droite."

QUE - DA - LLE. Tu ne passes pas de clopes si tu n'as pas envie d'en passer. Puis "t'es bonne" n'est pas un compliment, non. Et même s'il te hurle "hé, répond salope", tu es dans ton droit de ne pas accepter ce genre de phrase. Tu mets une jupe courte si tu en as envie, et non, porter des talons ne fait pas de toi une "pute".

Ce genre de réflexion est dangereux, parce qu'il peut pousser à en arriver au slut shaming :



(Ce à quoi une gonze géniale à répondu : )

Second moment "alors ça, c'est marrant" : il y a quelques mois est sorti ce court métrage.


"Tu t'es vu dandiner ton p'tit cul dans ton p'tit bermuda bleu marine mon gars ?"

Pas grand chose à dire, à part que ce film pousse peut être les gens à prendre conscience d'à quel point il est fatiguant d'être une gonzesse quand on se balade dans la rue. Il est évident que ce court métrage est poussé à l'extrême, mais à qui n'est-il pas arrivé de se faire emmerder comme ça ?

Troisième moment "alors ça, c'est marrant", peut être le plus fouwww, puisque suite à cet épisode désagréable qui a eu lieu aujourd'hui, juste en rentrant, je suis  tombée sur un post de la jeune illustratrice de talent Diglee que je suis depuis des lustres (c'est pas la première fois qu'elle en parle) traitant du harcèlement de rue. - Parce que OUI, maintenant cette chose a un nom, merci Sophie Peeters et son court métrage en caméra cachée des réactions de certains mâles au vu d'une jupette au printemps -.

Donc j'sais pas, je me suis dit que si on était nombreuses à en parler ce soir, ça pourrait faire le buzz, et qui sait, un jour on aura peut être une journée anti relous (comme la journée contre le SIDA ou la saint Valentin...)



Donc. CONCLUSION : qu'on s'entende bien tout d'abord, cet article n'est pas pro féministe ni quoi que ce soit, et ce n'est pas un coup de gueule contre les hommes, mais bien contre les trous du cul qui ne savent pas se tenir en société (il existe aussi des femmes ayant ce genre de comportement, même si on en croise un peu moins souvent). 
Je ne pense pas qu'un pauvre article fasse avancer les choses ou quoi que ce soit, mais qui sait, il aidera peut être à prendre conscience de ce problème, et ajouté à d'autres articles/émissions/manifestations quelconques, faire évoluer petit à petit les mentalités...

Il n'y a évidemment pas de solution miracle. À par peut être aller se balader avec ce tote bag (le principe me fait mourir, JE LE VEUX !!).


La chose que j'en retiendrais, c'est en premier lieu qu'il ne faut pas laisser ce genre de "harcèlement" devenir une banalité. Ça reste quelque chose de violent, même si on peut le prendre avec recul et sagesse. 
Ensuite, il se trouve qu'on est un nombre incalculable de personnes à vivre ce type de désagrément un peu tous les jours, donc NON il n'y a pas à avoir honte lorsque l'on se défend (même si on hurle des mots incompréhensibles d'une voix de chèvre atteinte d'angine carabinée), et on trouvera surement toujours une ou deux personnes dans la foule qui bougera en cas de nécessité, ce qui fera peut être réagir le reste de la populace...

La preuve en est : petite anecdote d'une connaissance, ayant intervenu après avoir entendu une dame agresser deux petits gars dans le bus - parce qu'ils ne l'avaient pas vu et ne lui avait donc pas cédé la place - en leur disant que "ces jeunes arabes étaient de la racaille" (ou quelque chose de vachement intelligent du même genre). La jeune fille a tenté de remettre la mamie à sa place, qui a riposté d'un charmant "qu'est-ce qu'elle a, celle là, elle se touche ?". Ce à quoi (attention punchline à venir) cette dernière a répondu "non madame, moi je suis encore assez belle et assez jeune pour que les hommes le fassent à ma place", après quoi elle est sortie du bus sous un tonnerre d'applaudissements.

C'est tout. 
Pour le moment.


Rubriquabraquement vôtre,
Alba.